LES BOÎTES NOIRES {généralités}

Posted in zéro zéro

Boîtes Noires Magico

C'est finalement ce qui pourrait résumer un appareil photo : une boîte étanche à la lumière et percée d'un trou d'un côté pour laisser passer un faisceau de lumière vers le côté opposé, là où l'image va impressionner une surface sensible (papier ou film) composée de sels d'argent.

La "magie" c'est la physique qui va s'en occuper : les cristaux d'argent touchés par la grâce de cette lumière bienfaitrice vont former une image qui, à ce stade, ne sera qu'une vulgaire image latente, trop faible pour être visible.

Suite ☛

Elle devra ensuite être "boostée" puis fixée lors du développement du film au labo pour pouvoir exister physiquement (contrairement au numérique) et pour très longtemps si les conditions de conservation sont bonnes, l'hygrométrie étant un facteur important ainsi que le taux d'acidité (le ph) c'est pourquoi les films sont préservés dans du "papier cristal" au ph neutre et, soit dit en passant le papier haute qualité d'imprimante appelé "papier d'art" (à base de coton par exemple) respecte aussi un certain ph pour préserver l'image très longtemps. Les imprimantes utilisées ici utilisent 8, 10 ou 12 couleurs pour obtenir des dégradés impeccables, des ombres pleines de nuances et des tons chair réalistes. Les encres sont à base de pigments qui "s'agrippent" dans le papier grâce à des procédés chimiques que je ne développerai pas ici mais qui permettent justement cette excellente tenue dans le temps dans la mesure où l'on respecte bien évidemment les conditions d'hygrométrie et de température appropriées comme c'est le cas d'ailleurs pour tout archivage.

Vous l'aurez compris, on dépasse de loin et même de très très loin les impressions courantes sur imprimantes thermiques et papier "en plastoche" mais on verra cela dans la partie traitant de la photo numérique.

Revenons donc à nos boîtes noires "magiques" appelées "camera obscura" (chambre noire) au début de la photographie car, en effet, c'est dans une chambre, cossue et pourvue d'un lit de belle facture, où les rideaux avaient été tirés qu'un sombre individu mais fort bien accompagné a découvert, en levant le nez, qu'une image pouvait se former sur le mur opposé à cause d'une ouverture malencontreusement laissée dans les rideaux. Que faisait-on dans cette chambre ? Pourquoi cette ouverture indiscrète ? L'histoire ne le dit pas mais on craint le pire. Les rumeurs allaient bon train comme le raconte Robert Lechien dans son livre "les mystères éclairants de la chambre noire" où il dit, par ailleurs, apprécier les canapés de type Chesterfield au motif peau de léopard. Mais ceci nous éloigne un peu du sujet.

Pour avoir une idée aujourd'hui de ce à quoi pouvait ressembler cette fameuse boîte noire magique il faut se tourner vers la société Ilford (Harman Technology) qui produit l'Obscura, une boîte dotée d'un simple mais élégant orifice et d'un élément mobile de dimension suffisante que pour occuper l'espace vide en se glissant précautionneusement tout contre lui et sans interstices. Non, ce n'est pas un sex toy, cela s'appelle un obturateur et c'est à la main et «au pif» si je puis dire que l'on évaluera la durée d'exposition en fonction de la luminosité ambiante. Dans cette boîte où, jusqu'ici, il ne se passe pas grand chose, on introduit du film ou du papier photo qui va enregistrer l'image puis être développé pour fournir, par la magie de la chimie, un cliché unique. Et même pas besoin d'agrandisseur si vous utilisez du papier. Positivement excitant, non ?

Il existe de nombreux autres appareils de ce type, dit "pinhole" (trou d'épingle) en anglais ou sténopé in french.  Holga Pinhole Harman Titan 8x10 Par exemple, encore chez Ilford, on utilise du film ou du papier en feuilles de format 4x5" (+/- 10x12,5cm) ou 8x10" (+/- 20x25 cm) avec les chambres Harman Titan fabriquées par le britanique Walker Cameras (photo →). Chez Holga et Lomo, deux marques qui offrent des appareils à des prix très accessibles dans les formats de film 135 ou 120, c'est du film en rouleau (rollfilm) que l'on utilise. Nos boîtes noires sont vraiment disponibles dans toutes les tailles.

L'évolution qui a la main partout et donc également dans le domaine de la photo, a enrichi le simple sténopé de nombreux perfectionnements utiles : l'indispensable trou, nu jusqu'ici, fut habillé de luxueuses lentilles de verre à la courbe parfaite pour fournir, par le pouvoir de la physique, une image plus détaillée et régler précisément la distance par rapport au sujet (mise au point) mais également pour "voir loin" en isolant le sujet dans un angle de champ réduit (longues focales, télé-objectifs) ou, au contraire, pour "voir large" en augmentant le champ de vision (courtes focales, grand angle, oeil de poisson).

D'autre part, le sympathique bout de bois placé devant l'orifice est devenu un fier obturateur à lamelles métalliques qui permettra dès lors de contrôler avec précision le temps d'exposition. Enfin, un diaphragme composé lui aussi de belles lamelles métalliques permettra de régler la quantité exacte de lumière qui aura le privilège d'exciter la surface sensible et de pénétrer finalement dans les grains d'argent dont l'attente sera ainsi récompensée par la création d'une image ... latente ; Qu'il faudra ensuite révéler, fixer et laver.

Cet ensemble lentilles-obturateur-diaphragme forme un tout : l'objectif. Dans le langage professionnel on parlera aussi de "l'optique", qui indique probablement mieux la qualité de l'objet. Mais on parle aussi familièrement de cailloux pour une optique de poids composée d'un nombre important de lentilles, généralement un objet de qualité et à grande ouverture. L'obturateur se trouvant DANS l'objectif, on parlera d'obturateur central. Celui-ci aussi évoluera mais je ne vous dévoilerai pas encore de quelle manière, petits coquins.

Notons aussi que les films étaient des feuilles de grande dimension (plus que 8x10"/20x25cm) puisque l'image finale était obtenue sans agrandisseur, par contact direct du film négatif sur le papier où l'image apparaîtra en positif après développement. Et c'est l'américain Eastman, fondateur de la société Kodak (un nom génial d'ailleurs), qui, à la fin du 19ème siècle déjà inventa le fameux rollfilm, le film en rouleau grâce auquel le cinéma (kinêma en grec = le mouvement) allait faire son apparition, ce qui, quand on y pense et même quand on n'y pense pas, est une invention absolument fabuleuse.

L'évolution toujours et encore, poursuivant inexorablement son chemin et créant la surprise et le plaisir de la découverte, a permis de diminuer la taille des très encombrantes boîtes noires magico maximum du début de la photographie pour aboutir à des appareils plus transportables aux temps d'exposition beaucoup plus courts et à l'image plus précise. Le temps était venu pour créer quelque chose de nouveau : c'est Oscar Barnak, ingénieur de l'entreprise allemande d'optique Leitz qui eu l'idée incroyable et parfaitement saugrenue de placer du film 35mm utilisé pour le cinéma dans un petit appareil qu'il avait construit spécialement à cet effet. Leica - les débuts L'ingénieur, persévérant, a finalement pu convaincre son entreprise que cet objet rikiki et à l'allure clownesque pouvait intéresser sérieusement le public. Leica (Leitz Camera) était né et allait produire les premiers appareils "petit format" au monde qui allaient permettre au photographe de travailler la main légère et l'oeil dans l'action.

Dans ce type d'appareil "petit format" 135/24x36cm l'obturateur n'est plus un obturateur central (dans l'objectif) mais un obturateur focal qui se trouve dans la boîte sous forme d'un rideau percé d'une fente (on y revient) plus ou moins large selon la vitesse et qui se déplace derrière l'objectif. Cet obturateur est d'abord et généralement en tissus puis en matériau synthétique mais aussi en titane pour les appareils haut de gamme.

Cette nouveauté était en fait une vraie révolution puisqu'elle allait ouvrir la voie au photo-journalisme moderne qui privilégie l'action du moment plutôt que la qualité technique (netteté de l'image, résolution du film). En effet, les films étaient encore relativement lents et il fallait souvent les «pousser» pour les prises de vue en intérieur ce qui provoquait l'apparition d'un grain important dans l'image, un «défaut» qui en faisait également sa spécificité et, plus tard, son attrait ajoutant à l'image une identité propre : celle de l'action, de l'instantanéité, du mouvement incontrôlé. Le contrôle sera alors postposé au labo qui sera chargé de tirer le maximum d'informations contenues dans le négatif. Les laborants devaient posséder une très bonne connaissance des produits chimiques pour "rattraper" l'image qui avait été enregistrée dans de mauvaises conditions lumineuses mais étaient aussi en charge d'interpréter le négatif pour lui donner toutes ses couleurs à travers la gamme de gris des films noir et blanc.

Les autres appareils de plus grand format étaient, quant à eux, utilisés pour des reportages où la qualité de l'image prévalait sur l'action ou pour le studio et l'architecture où les grandes boîtes (les chambres techniques) permettent de corriger la perspective ou la netteté du sujet.

À son tour le petit format allait profiter du génie de l'être humain grâce, surtout, à des films de bien meilleure qualité utilisant des technologies de plus en plus sophistiquées conduisant ceux-ci à être plus rapides pour figer l'action ou pour photographier en intérieur. Plus tard, des colorants firent leur apparition dans les couches de sels d'argent du film et il était dès lors possible de capter le monde en couleur rendant celui-ci encore plus réaliste, le sang plus rouge, l'horreur plus vraie mais aussi la beauté plus éclatante, plus attractive, plus vendable. Peut-on imaginer aujourd'hui une publicité pour une poudre à lessiver qui fait éclater les couleurs dans un film ou une vidéo en noir et blanc ? Oui, on peut. Vous venez de le faire.

Jusqu'ici, nos sombres petites boîtes ne devaient partager l'espace qu'avec un film et tout se passait tranquillement, sans trop de bruit. Mais soudainement, elles se voient envahies par des bidules électroniques transformant l'objet mécanique imparfait au caractère quelquefois changeant en un robot plus que parfait par la grâce des puces électroniques et de l'intelligence algorithmique.

Aujourd'hui, la boîte noire magico percée d'un simple trou et fabriquant des images floues et dansantes est devenue un périphérique d'ordinateur à l'efficacité redoutable, fournissant une image droite et impeccable, reproductible à l'infini sans perte aucune de qualité.

Par bonheur, les deux mondes co-existent encore et tant qu'on aura le choix ou tant que personne ne le déterminera à notre place, on pourra prendre plaisir à passer de l'un à l'autre et dire, en toussant peut-être un peu, que l'on est libre.

...

Boîtes noires : disponibles dans toutes les tailles

Alpa - Arca Swiss - Cambo - Fotoman - Gossen - Hasselblad - Horseman - Irix - Leaf - Leica - Linhof - Mamiya - Minox - Mitakon - Nikon - Phase One - Rodenstock - Rolleiflex - Schneider Kreuznach - Sekonic - Silvestri - Sinar - Voigtländer - Walker Cameras - Zeiss

Matériel de prise de vue : tous les liens